Le secteur de l’énergie est marqué par des tendances divergentes : bien que l’on constate un recul du parc de véhicules à essence ou diesel, les dépenses liées aux ventes de véhicules et de produits pétroliers continuent de croître.
C’est l’un des constats centraux de L’État de l’énergie au Québec 2026, rapport publié par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, avec le soutien financier du gouvernement du Québec. Ce rapport annuel a été coécrit par Johanne Whitmore, chercheuse principale, et Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire.
Les ventes de véhicules utilitaires sport (VUS) et de camions (électriques et à essence) dominent toujours le marché, à hauteur de 86 % en 2024, contre 24 % en 1990. Jamais les Québécois n’ont autant dépensé d’argent qu’en 2024 pour acheter de nouveaux véhicules : 25,9 milliards (+19 % par rapport à 2023).
De plus, avec 182 GJ par habitant, le Québec demeure parmi les plus grands consommateurs d’énergie au monde. Cela s’explique entre autres par le faible coût de l’énergie, le climat et une forte présence d’industries énergivores attirées par l’hydroélectricité bon marché.
Les gains de productivité énergétique au Québec ne se traduisent pas par une baisse réelle de la consommation : contrairement à l’Ontario, le Québec connaît seulement un découplage relatif. La croissance du PIB s’y accompagne encore d’une hausse — plus modérée — de l’énergie consommée.
« L’Ontario et l’Allemagne démontrent qu’il est possible de faire croître le PIB tout en réduisant la consommation d’énergie et les émissions. En améliorant sa productivité énergétique, le Québec pourrait combler son retard en productivité tout en progressant vers plus d’efficacité et de sobriété énergétiques. »
Dans ce contexte, Pierre-Olivier Pineau recommande de compléter l’approche actuelle, centrée sur les incitatifs par des mesures fiscales, tarifaires et réglementaires plus structurantes. Il suggère aussi l’adoption de normes d’efficacité renforcées, afin d’aligner les marchés avec l’objectif de carboneutralité en 2050.
Pierre-Olivier Pineau déplore enfin que plusieurs cibles énergétiques, en place depuis 2016, aient été retirées ou révisées dans les plans de mise en œuvre du Plan pour une économie verte. Il pense notamment à la réduction de 40 % de la consommation de produits pétroliers d’ici 2030. Il pointe par ailleurs la décision de repousser la cible climatique de 2030 à 2035, tandis que de nouveaux objectifs sont attendus dans le cadre du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques. Ce sont des ajustements qui, selon lui, « nuisent à la prévisibilité nécessaire à la transition et le suivi de données. Plutôt que revoir les cibles, il faut renforcer les mesures pour en améliorer les résultats ».