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François Bellavance, l'as du volant

10 juillet 2013

Extrait du HEC Montréal Mag – printemps 2013

par David Pye

François Bellavance n’aurait jamais cru qu’une formation en statistique l’amènerait à devenir l’un des principaux chercheurs en sécurité routière au Canada. Néanmoins, le professeur de méthodes quantitatives de gestion participe étroitement à la recherche statistique à titre de membre du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT). Il est également membre du Groupe d’études et de recherche en analyse des décisions (GERAD), en plus de siéger au conseil d’administration de l’Association canadienne des professionnels de la sécurité routière.

« J’ai toujours été passionné par la statistique et je continue de poursuivre des recherches dans le but d’élaborer de nouvelles méthodes d’analyse. Cependant, j’ai pris part à de nombreux projets portant sur des questions de sécurité routière ici même, à HEC Montréal », explique-t-il.

Après s’être joint à l’École en 1998, François Bellavance a tout de suite été initié au monde de la sécurité routière par des collègues qui voyaient dans son expertise le complément parfait à une recherche en cours. Depuis, il a analysé les questions les plus urgentes en matière de sécurité routière, notamment l’utilisation d’un téléphone cellulaire au volant; un sujet qui a attiré l’attention de la  Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

« À cette époque, comme le téléphone cellulaire coûtait cher, notre groupe cible était composé de gens d’affaires aisés, souligne le professeur. Nous avons reçu 12 000 questionnaires remplis par des propriétaires de cellulaires qui nous avaient aussi donné accès à leur registre d’appels. »

En comparant les registres d’appel aux rapports d’accident, François Bellavance et ses collègues ont découvert que les utilisateurs fréquents du téléphone cellulaire étaient de deux à trois fois plus à risque d’être impliqués dans un accident. En 2005, la nouvelle Table québécoise de la sécurité routière s’est repenchée sur la question pour ensuite présenter une série de recommandations en 2007.

« Selon la recherche, il n’y avait aucune distinction entre l’utilisation manuelle du cellulaire ou l’emploi d’un dispositif mains-libres; par conséquent, nous avons recommandé d’interdire les deux, se remémore-t-il. Le gouvernement a pris la décision de n’interdire que l’utilisation manuelle, mais rien n’indique qu’un dispositif mains-libres soit plus sécuritaire. »

En 2010, François Bellavance a été nommé directeur du Réseau de recherche en sécurité routière du Québec, un groupe de réflexion regroupant plus de 30 chercheurs multidisciplinaires issus des universités québécoises. Cofinancé par le Fonds de recherche du Québec, en partenariat avec Transports Québec et la SAAQ, le groupe établit un pont entre les questions de sécurité routière et les organisations et chercheurs axés sur la recherche de solutions.

Les travaux du professeur Bellavance ont également retenu l’attention de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), qui s’est associée avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) pour financer une recherche menée par un étudiant de l’option en intelligence d’affaires à la M. Sc. Les études sur la sécurité routière liée au travail ont dévoilé que jusqu’à 30 % des décès en milieu de travail sont le résultat d’un accident routier, ce qui a fourni aux organismes gouvernementaux l’analyse statistique qui leur manquait.

« Nous avons mis en parallèle des données d’accident de la SAAQ tirées de plus de 8 000 cas répertoriés de 2000 à 2008 où des travailleurs ont été compensés par la CSST à titre de victimes d’accidents de la route, explique-t-il. Nous avons ensuite caractérisé les circonstances entourant ces accidents, ce qui nous a permis, entre autres, de constater que 500 cas impliquaient des piétons, dont un grand nombre qui avaient été blessés dans un stationnement. »

François Bellavance effectue aussi une recherche sur les effets de l’introduction de simulateurs dans le programme des écoles de conduite automobile dans l’espoir de réfuter des conclusions antérieures qui laissaient entendre que l’inscription à une école de conduite avait peu d’incidence sur le nombre d’accidents.

« Le taux d’accidents chez les conducteurs âgés de 17 à 20 ans est beaucoup plus élevé, en partie en raison du manque d’expérience. Toutefois, les simulateurs présentent une vaste gamme de scénarios pouvant mieux les préparer, explique-t-il. Durant 15 heures, les conducteurs ont peu d’occasions de circuler sur l’autoroute, mais dans un simulateur, il est possible de répéter un exercice de nombreuses fois et dans des conditions routières différentes, et ce, en 20 minutes. »

Le projet a suscité l’intérêt de la SAAQ, qui permettra aux jeunes conducteurs de s’inscrire à trois écoles de conduite au Québec où jusqu’à six heures de formation seront données dans des simulateurs. Les instructeurs pourront examiner le rendement de l’élève et lui faire répéter l’exercice sans risque d’accident.

« Nous suivrons leur progression pendant trois ans et aurons accès à leur dossier de conducteur, précise François Bellavance. Puis nous comparerons les résultats à ceux d’un groupe qui n’avait pas accès au simulateur. » En outre, le chercheur collabore à un projet avec Jean-Charles Chebat, titulaire de la Chaire de gestion des espaces commerciaux et du service à la clientèle, qui vise à examiner les effets des campagnes de marketing sur les jeunes conducteurs. Par ses travaux, François Bellavance continue de trouver des moyens de protéger les conducteurs de tous âges contre leurs propres erreurs. Il ne faut pas oublier que l’erreur humaine est responsable de 80 à 90 % des accidents de la route.

« La sécurité routière affecte tout le monde,  y compris les cyclistes, les passagers et les piétons, souligne-t-il. Nous devons apprendre à bien partager la route, et j’espère que mes recherches amélioreront les chances de réussite en ce sens. »


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