Réduire la surconsommation : quand l’économie et l’environnement avancent ensemble
Et si lutter contre la surconsommation devenait une occasion de créer à la fois de la valeur économique et un impact environnemental positif?
C’est la vision portée par Anaïs Majidier (HEC Montréal 2011 et 2020), cofondatrice de Partage Club.
Formée à la rigueur de la gestion et à la pensée stratégique, Anaïs a choisi de mettre ses compétences au service d’un enjeu bien concret : consommer autrement, sans renoncer à l’efficacité économique. Son ambition : démontrer qu’il est possible de repenser nos habitudes tout en bâtissant des modèles d’affaires solides, évolutifs et responsables.

Lancée en 2023, l’application Partage Club transforme les quartiers en réseaux d’entraide, où l’accès aux objets prime sur leur possession. Une approche simple en apparence, mais structurée autour d’un modèle réfléchi, qui maximise l’utilisation de ressources déjà existantes tout en réduisant le gaspillage.
Avec plus de 61 000 membres, Partage Club démontre qu’une lutte efficace contre la surconsommation peut aussi être créatrice de valeur économique.
Nous avons échangé avec Anaïs Majidier sur son parcours à HEC Montréal, les apprentissages qui l’ont marquée et la manière dont ses études continuent d’influencer son approche entrepreneuriale.
Photo : David Himbert
Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à HEC Montréal, et quelles compétences développées à cette époque vous accompagnent encore aujourd’hui?
Je garde un excellent souvenir de mon passage à HEC Montréal, notamment pour la qualité des rencontres et l’environnement très stimulant. Il y avait à la fois beaucoup d’exigence et une réelle bienveillance dans l’accompagnement des étudiants et étudiantes.
Une compétence qui me suit encore aujourd’hui, c’est la capacité à prendre la parole et à structurer un message. Nous étions souvent amenés à faire des présentations orales, parfois filmées, ce qui nous poussait à travailler autant le fond que la forme : posture, gestuelle, clarté du discours. C’est un apprentissage qui m’est extrêmement utile aujourd’hui, notamment en tant qu’entrepreneure où convaincre, mobiliser et raconter une vision est essentiel.
Comment vous est venue l’idée derrière Partage Club? Y a-t-il un moment déclencheur ou une expérience personnelle?
L’idée initiale ne vient pas directement de moi, mais de mon associée Fauve Doucet. En devenant maman, elle a été frappée par la quantité d’objets, souvent peu utilisés, qui entraient dans son quotidien, notamment pour les enfants.
De là est née une intuition simple : et si on partageait davantage au lieu d’acheter?
À partir de cette idée, nous avons construit Partage Club. Le modèle d’affaires a évolué à plusieurs reprises pour trouver un équilibre entre impact et rentabilité.
Aujourd’hui, on est fières d’avoir bâti une solution qui permet à la fois de répondre à un vrai besoin terrain et de s’inscrire dans un modèle viable.

On associe souvent l’économie circulaire au recyclage…
Effectivement, on pense souvent à l’économie circulaire comme quelque chose qui intervient à la fin de vie d’un produit, avec le recyclage. Chez Partage Club, on agit beaucoup plus en amont.
Notre modèle repose sur une idée simple : maximiser l’usage des objets existants. Aujourd’hui, une perceuse est utilisée en moyenne moins de 12 minutes sur toute sa durée de vie. Pourtant, elle a nécessité des ressources, de la fabrication et du transport.
En facilitant le partage entre voisins, on vient augmenter drastiquement le taux d’utilisation de ces objets. Concrètement, cela permet de :
- Réduire la production de nouveaux biens,
- Limiter l’extraction de ressources naturelles,
- Éviter les émissions liées à la fabrication et au transport.
On passe ainsi d’un modèle linéaire (produire → consommer → jeter) à un modèle d’usage, où la valeur d’un objet est maximisée tout au long de sa vie.
Concrètement, qu’est-ce que ça change pour la planète d’emprunter plutôt que d’acheter?
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un simple partage d’objet génère des bénéfices à la fois environnementaux, économiques et sociaux.
Pour un seul partage :
238 g de déchets évités, soit l’équivalent d’environ 11 bouteilles de plastique de 1,5 L
14,4 kg de CO₂ évités, ce qui correspond à environ 28 repas végétariens
58 $ économisés, soit l’équivalent d’un abonnement mensuel à Internet
3 nouvelles rencontres en moyenne entre voisins
Et au-delà des chiffres, il y a un impact humain très fort : 94 % des utilisateurs déclarent avoir davantage envie d’aider les autres après avoir partagé. *
Donc emprunter plutôt qu’acheter, ce n’est pas seulement un geste écologique. C’est aussi une façon de recréer du lien, tout en réduisant concrètement notre empreinte collective.
Le rapport complet est disponible sur notre site pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
* Rapport d'impact | Partage Club
Quel message aimeriez-vous transmettre aux diplômé(e)s de HEC Montréal ou aux entrepreneur(e)s?
Je dirais d’abord qu’il n’y a pas de parcours parfait. Je n’étais pas forcément la meilleure étudiante, je n’avais pas de plan de carrière tout tracé, et pourtant, chaque étape m’a menée là où je suis aujourd’hui.
J’ai toujours su que je voulais entreprendre, mais je ne l’ai fait qu’à 35 ans. Et c’est très bien comme ça.
Si vous avez une idée ou une envie, il faut y aller. Surtout lorsqu’il s’agit de projets à impact. Le monde en a besoin, il n'y en aura jamais trop. Et contrairement à certaines idées reçues, impact et rentabilité ne s’opposent pas, ils peuvent au contraire se renforcer.
Le plus important, c’est de commencer, d’apprendre en chemin, et de s’entourer des bonnes personnes.