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Fuite de talents

Maryse-Boulos

Par Maryse Boulos

Montréal, le 24 janvier 2014 --- Le secteur privé retient et paie mal les femmes de talent, selon le dernier rapport du centre Catalyst, paru le 3 décembre 2013.

L’étude laisse entendre que les femmes canadiennes à fort potentiel sont confrontées à l'inégalité salariale dès leur entrée dans le monde des affaires. Celles titulaires d’un MBA touchent un premier salaire de 8167$ de moins que celui de leurs homologues masculins. De plus, elles se voient offrir moins des postes et d’opportunités susceptibles de propulser leur carrière.

L’écart des salaires et des positions occupées entre les genres n’est pas une nouvelle en soi. C’est de voir le secteur privé perdre des personnes de talent, qui préfèrent se diriger vers le secteur public, qui est alarmant, confie Alex Johnston, directrice exécutive de Catalyst Canada. 

Le dernier rapport du centre Catalyst démontre que les Canadiens titulaires d’un MBA, en particulier les femmes, sont plus enclins à se tourner vers le secteur public que les autres personnes de mêmes profils dans le restant du monde. Plus précisément, après la complétion d’un MBA, 19% des Canadiennes et 8% des Canadiens se dirigent vers le secteur non-corporatif. À titre comparatif, les titulaires d’un MBA ne choisissant pas le secteur corporatif, hommes et femmes confondus, est de 3% en Europe, de 4% aux États-Unis et de 5% en Asie. Il y a un large écart entre la moyenne canadienne et celles des autres régions du monde.

De plus, le taux de départs volontaires du secteur des affaires est de 29% pour les femmes, comparativement à 10% pour les hommes.

Pourquoi le secteur public?

Selon les participantes de l’étude, la sécurité est un élément décisionnel lors du choix de carrière. Toutefois, il ne faut pas se contraindre aux clichés. Une autre raison plus subtile entraîne les diplômées à pencher du côté du secteur public : la représentation féminine dans les hauts rangs. Voyant des femmes occuper des positions d’influence dans le secteur public, elles y sont davantage attirées. « Le secteur public est fortement en avance comparativement au secteur privé en termes de représentation des femmes […] en particulier dans les rangs supérieurs », dit Madame Johnston. 

Le rapport indique aussi que les Canadiens se voient davantage offrir des « hot jobs » que les Canadiennes. Ces « hot jobs » sont des positions permettant l’avancement rapide d’une carrière. Elles sont définies par trois critères : le budget alloué, le nombre de rapports directs et l’accès aux exécutifs. En moyenne, les hommes ont un budget deux fois plus élevé, trois fois plus de rapports directs et un plus grand accès aux exécutifs. Très tôt dans leur carrière, les femmes évoluent sur un trajet différent de celui des hommes. Nécessairement, elles n’obtiennent pas les mêmes types de promotions. Cependant, il est important de ne pas généraliser cette réalité pour tous les secteurs d’activité, met en garde Denis Chênevert, directeur de l’enseignement de la gestion des ressources humaines et professeur titulaire à HEC Montréal.

Le rapport révèle aussi que les femmes reçoivent moins d’opportunités leur permettant d’acquérir de l’expérience sur le marché international. Les hommes ont 29% de chances d’obtenir un mandat à l’international, contre 19% pour les femmes.

Conséquences

Il est rare que de voir une personne quittant le milieu corporatif décider de revenir, prévient Madame Johnston. Le Canada voit ses talents partir à un taux plus élevé qu’à l’international. Dans un marché compétitif, il faut que les entreprises attirent et retiennent leurs meilleurs effectifs.

Il faut aussi tenir compte du facteur démographique, note Monsieur Chênevert.  « Les entreprises ne peuvent pas se permettre de voir partir des talents de haut niveau lorsque la relève se fait moindre », affirme-t-il.

Maryse Boulos participe au projet d'appui à la relève en journalisme économique Québecor – HEC Montréal.

      
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