Rose Lyndsay Daudier: agir pour le bien-être des populations
Veiller au bien-être des populations : voilà ce qui donne de l’énergie à Rose Lyndsay Daudier (HEC Montréal 2012) et justifie toutes ses actions. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait accepté avec cœur la direction générale de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) – division du Québec en janvier 2026, après avoir notamment fait sa marque à la tête de Fusion Jeunesse et de Robotique FIRST Québec.

Dans son nouveau rôle, la lauréate du Gala Luminescence 2021 (catégorie Croissance et performance) et diplômée du certificat en gestion de projets – qui a aussi étudié en urbanisme et en droit – met à profit la complémentarité de ses acquis et de ses expériences personnelles. Pour souligner la Journée mondiale de la santé mentale, elle nous expose sa perspective sur les défis qui sont rattachés à cette cause et leur prise en charge dans notre société.
QU’EST-CE QUI RELIE VOTRE TRAJECTOIRE DIVERSIFIÉE À VOTRE ENGAGEMENT ACTUEL EN SANTÉ MENTALE?
C’est vraiment mon souci et ma volonté de mettre mes connaissances et mes compétences au service du bien-être des populations. Mon parcours varié m’a permis de développer une vision 360° des problématiques. Mon fil conducteur consiste à déterminer où je peux avoir une incidence concrète, à encourager les personnes clés à dialoguer autour de la table et à connecter les points pour faire émerger des solutions.
QUELS PROGRÈS AVONS-NOUS RÉALISÉS EN MATIÈRE DE SANTÉ MENTALE ET QUELS DÉFIS RESTENT À RELEVER?
On en parle plus ouvertement, et c’est un progrès important. Mais on peut toujours faire mieux. On énonce que 1 personne sur 5 aura un problème de santé mentale, mais 5 sur 5 ont une santé mentale. Alors, comment en prend-on soin? Comment détecter les signes avant-coureurs?
Le hic, c’est qu’on ne sait pas systématiquement ce qui peut bel et bien nous aider. Notre premier réflexe sera sans doute de penser : « Je dois parler à une ou un psychologue. » C’est un bon début, mais est-ce vraiment ce dont j’ai besoin? Si oui, quelle approche me convient? Devrais-je consulter quelqu’un de mon âge, de mon genre, de mon quartier? Le premier professionnel ne sera peut-être pas approprié pour moi, et pourtant, dans certaines régions, il peut être très difficile d’en avoir un autre rapidement. C’est ici que la question de l’équité entre en jeu. Lever la main pour obtenir de l’aide est déjà un grand pas, et ça demande énormément de courage. On doit donc pouvoir accompagner cette personne et trouver la bonne ressource pour elle.
QUELS CHANGEMENTS SOUHAITERIEZ-VOUS ACCÉLÉRER EN CE QUI CONCERNE LA PRÉVENTION, L’ACCESSIBILITÉ ET LA GESTION DE LA SANTÉ MENTALE AU QUÉBEC?
Ce que je souhaiterais avant tout, c’est que la santé mentale devienne vraiment accessible à tout le monde. C’est une injustice d’avoir un mal et de le reconnaître, mais de ne pas pouvoir s’en occuper. La santé mentale est moins visible que la santé physique, mais les besoins sont bien réels. Il faut donc plus de ressources, d’intervenantes et d’intervenants, et investir davantage dans la prévention, particulièrement auprès des jeunes.
Plus largement, je pense qu’on doit revoir notre rapport collectif à la performance. On valorise beaucoup les parcours qui mènent au doctorat, à une profession libérale, à un certain statut. Cependant, il est crucial de mettre également en lumière les différents chemins et les accomplissements de chacune et chacun. Prendre soin de sa santé mentale, c’est aussi se demander ce qui nous passionne, ce qui nous fait du bien, ce qui donne du sens à notre quotidien.
Cela exige une culture qui encourage véritablement les individus à prendre soin d’eux-mêmes dans toutes les sphères. Par exemple, les gestionnaires doivent accepter qu’une personne puisse ne pas bien aller et savoir comment l’accompagner par des ressources, du temps et de la souplesse. Des outils existent déjà, mais ne sont pas toujours accessibles ou suffisamment connus. Le réseau public, les organismes, les milieux professionnels, les établissements scolaires et les communautés doivent donc travailler en collaboration. Au lieu de réinventer la roue, il faut considérer les ressources présentes, être complémentaires et promouvoir ce qui est disponible. C’est ensemble qu’on y arrivera.
Y A-T-IL UNE PERSONNE QUI A PROFONDÉMENT MARQUÉ VOTRE PERCEPTION DU LEADERSHIP ET DE L’ENGAGEMENT?
La meilleure professeure de la vie que j’ai pu avoir, c’est ma jumelle, née avec une déficience intellectuelle majeure. Elle m’a appris très tôt que d’infimes attentions, lorsqu’elles partent de la réalité de l’autre, peuvent avoir une immense portée. Quand j’étais petite, par exemple, j’ai marché avant elle. Si j’allais chercher un jeu, j’en prenais 2. C’était tout simple, mais ça m’a démontré qu’il est possible d’avoir une incidence sans avoir de grands moyens ni occuper une position d’influence. Ça peut commencer dans son CPE, dans sa collectivité, dans sa rue, en adoptant une cause.
Mes engagements et mes choix d’études ont toujours été guidés par cette question : de quoi les gens ont-ils vraiment besoin? C’est sans doute l’un des apprentissages qui marque le plus ma vision du leadership : être à l’écoute, comprendre la réalité des autres avant d’agir et chercher des solutions concrètes pour répondre à leurs priorités. En quelque sorte, être là pour satisfaire les besoins et non pas imposer comment on va ou veut aider.
QUELLES COMPÉTENCES OU FAÇONS DE PENSER ACQUISES À L’ÉCOLE VOUS SERVENT PRINCIPALEMENT DANS VOTRE FONCTION ACTUELLE?
Depuis que j’ai fait mon certificat, je gère pratiquement toute ma vie comme des projets. Mais au-delà des compétences techniques, il y a quelque chose que j’ai appris à HEC Montréal et qui est beaucoup plus difficile à nommer : l’importance de faire en sorte que les gens se sentent bien. Dans mes travaux d’équipe, je pouvais être avec un jeune Sénégalais de 21 ans qui venait d’arriver au Québec comme avec quelqu’un qui évoluait déjà dans une entreprise. J’étais bien dans cet environnement. Ce n’est pas exactement de l’empathie, ni de la bienveillance, ni même du bien-être. C’est plutôt ce sentiment très simple de me dire : « Je suis à la bonne place. Ça me fait du bien d’être ici. »
SI VOUS POUVIEZ ADRESSER UN SOUHAIT À LA COMMUNAUTÉ DE HEC MONTRÉAL À L’OCCASION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA SANTÉ MENTALE, QUEL SERAIT-IL?
Tout d’abord, restez à l’écoute de vous-même. Savoir prendre soin de vous est non seulement bénéfique pour vous, mais également pour votre entourage proche et pour la société. Soyez partie prenante du changement. Pour soutenir une cause qui vous est chère – que ce soit la santé mentale ou autre –, impliquez-vous, peu importe la façon. Ça n’a pas besoin d’être à grande échelle. L’incidence peut être aussi déterminante au sein de votre communauté avec quelques individus que pour une plus grande cause qui touche plus de gens. Et vous engager, ça vous fera du bien personnellement.