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Robots et IA : quel avenir pour nos emplois?


30 mai 2023

Robots et IA : quel avenir pour nos emplois?

 

L’émergence fulgurante de l’intelligence artificielle amène les gestionnaires à réfléchir à l’avenir du monde du travail. Organisé par l’École des dirigeants de HEC Montréal en collaboration avec La Presse, le webinaire Robots et IA : allons-nous tous perdre notre emploi? a tenté d’y voir plus clair.

L’éducation et l’interdisciplinarité faciliteront la collaboration entre les humains et les machines dans le monde du travail de demain, s’accordent à dire Joé T. Martineau, professeure agrégée à HEC Montréal, Alexandre Le Bouthillier, cofondateur et associé du fonds d’investissement en IA santé Linearis et Valérie Pisano, présidente et cheffe de la direction de Mila — Institut québécois d’intelligence artificielle (IA). Réunis par l’éditorialiste en chef de La Presse, Stéphanie Grammond, ces spécialistes affirment que les inquiétudes sont normales, puisque la révolution numérique est toujours en cours.

 

Accélération

Avec l’éclosion d’un outil comme ChatGPT (Chat Generative Pre-Trained Transformer), la vigilance reste donc de mise.

« L’IA générative est extrêmement puissante et a été mise sur le marché rapidement, souligne Joé T. Martineau, sans garantie sur sa fiabilité et sans garde-fou pour contrôler les utilisations malveillantes comme la désinformation, la fraude, la propagande ou le terrorisme. »

Dans des domaines particuliers comme celui de la santé, précise Alexandre Le Bouthillier, le personnel médical et les chercheurs aimeraient cependant que le développement de l’IA aille encore plus vite.

« D’une certaine façon, on voudrait accélérer le processus réglementaire pour qu’un nouveau traitement ne prenne pas 17 ans en moyenne avant d’arriver sur le marché. On aimerait raccourcir les délais tout en les encadrant », dit-il.

 

Pénurie de main-d’œuvre

Faisant valoir que le marché souffre d’un manque de main-d’œuvre, Stéphanie Grammond s’est demandé si l’IA pourrait devenir éventuellement une « planche de salut ».

« On va être dans un monde très différent dans les dix prochaines années, répond Valérie Pisano. La transformation massive du marché va nous amener à nous réinventer. »

Elle ajoute que les employés devront organiser différemment leur parcours personnel et professionnel.

« On devra s’adapter plus rapidement qu’avant puisque le travail ne restera plus le même longtemps. Les responsables en ressources humaines se posent déjà des questions sur l’utilité de tel emploi ou de tel autre », estime-t-elle.

 

Changements

Mais jusqu’à quel point l’IA modifiera-t-elle le marché du travail? Les scénarios vont du plus apocalyptique au plus jovialiste, selon Joé T. Martineau.

« Entre la vision de pertes massives et la perspective optimiste qui rappelle que l’humain s’adapte à tout, on peut prudemment dire qu’il y aura non seulement des pertes, mais aussi de la création d’emplois. Le Forum économique mondial prédit une perte nette de 2% des emplois dans son plus récent rapport sur les effets de l’IA sur le marché du travail. »

Certains métiers, dont ceux présentant des tâches manuelles, risquent d’être moins touchés par l’IA, tandis que les professions technologiques gagneront en importance.

 

Formation

La requalification de la main-d’œuvre sera donc un enjeu important dans les prochaines années, de l’avis de Joé T. Martineau.

« Un adjoint administratif ne devient pas un ingénieur en une journée, dit-elle. On ne veut pas perdre des gens ou créer encore plus d’inégalités sociales à cause des changements du marché du travail. »

Alexandre Le Bouthillier pense que l’ensemble des tâches et des processus de travail devra être réévalué.

« En santé, par exemple, on peut sauver des vies en combinant l’IA avec d’autres technologies. Il s’agit de bien gérer les données et les métadonnées fournies par la machine. Il faut donc augmenter la littératie numérique chez tous les étudiants, quel que soit leur domaine. »

 

Gestionnaires

Alors « Que doivent faire les gestionnaires devant cette révolution? » s’est questionnée l’animatrice, Stéphanie Grammond.

« Si l’entreprise compte encore sur les fax, il y a un problème, note Alexandre Le Bouthillier. Il faut repenser les processus en misant sur l’interface entre l’humain et la machine, donc en apprivoisant la technologie et en numérisant l’information pour que l’IA puisse y être appliqué. »

Jusqu’à maintenant, les gestionnaires se montrent enthousiastes vis-à-vis des nouvelles technologies.

« Mais il ne faut pas penser qu’aux gains de productivité avec l’IA, souligne Joé T. Martineau. Les gestionnaires doivent reconnaître aussi les risques de ces technologies. Je suggère d’adopter une pensée globale plutôt que restreinte en utilisant son esprit critique pour éviter les dérives. »

 

Décisions

Valérie Pisano ajoute que ce moment historique dans le domaine de l’emploi, en raison de l’utilisation de l’IA, peut se résumer à une question de choix.

« Il y a une tendance à vouloir embarquer dans le mouvement, mais ce n’est pas parce que l’autre le fait qu’on doit le faire. C’est une question de leadership où il faut prendre ce qui nous convient en ouvrant un espace de discussion dans l’entreprise. Ce n’est pas au chef des technologies de tout décider. Il faut avoir toute la gang autour de la table pour savoir ce qui nous confronte, ce qui nous excite. C’est très dangereux d’avoir une vision en tunnel, où il y a une seule personne qui prend position tandis que les autres suivent. »

 

Québec et Canada

Le Canada et le Québec se classent respectivement quatrième et septième dans le monde pour ce qui est de la recherche en IA. En revanche, nous sommes en retard quant à son application.
À l’échelle mondiale, il reste également à définir des codes d’éthique qui vont réglementer l’IA.

« On ne peut pas se fier uniquement aux entreprises privées pour s’autoréguler, pense Joé T. Martineau. Il est temps que les gouvernements établissent des règles et des lois pour encadrer l’IA. »

 

Éthique

Alexandre Le Bouthillier ajoute que le Canada peut jouer un rôle de leader dans ce domaine en raison des dix grands principes de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’IA.

« Dans le domaine médical, il y a déjà plus de 500 appareils médicaux logiciels qui utilisent l’IA qui sont approuvés aux États-Unis. Ces algorithmes ne sont pas parfaits, mais on veut autoriser que ces algorithmes apprennent aussi de leurs erreurs, ce qui est déjà le cas aux États-Unis et au Japon. »

 

Désinformation

Si l’intelligence artificielle est irrévocable, il faudra tout de même compter sur les êtres humains pour la comprendre et bien l’utiliser.

« Ça va prendre du temps pour éduquer les gens, explique Valérie Pisano. Au minimum, les systèmes intelligents doivent pouvoir identifier les contenus générés par des machines pour que ces textes ne passent pas comme de l’intelligence humaine. La capacité de désinformation est presque infinie. »

 

Interdisciplinarité

Dans tout le débat humain/machine, le mot clé demeure l’interdisciplinarité, croit Joé T. Martineau.

« On doit apprendre à travailler ensemble, entre disciplines parfois refermées sur elles-mêmes. Il faut connaître le jargon de l’autre, ouvrir son esprit, établir une compréhension plus transversale des enjeux d’une organisation. »

Alexandre Le Bouthillier aussi est optimiste :

« Il faut continuer à faire ce qu’on aime. Souvent, les gens disent que c’est trop compliqué, [l’IA]. Eh bien, on a donné des cours à des enfants de 12 ans et ils ont réussi à programmer un outil pour classer les maladies. Il est facile d’apprendre les bases de l’IA et voir comment elle peut s’appliquer à notre passion. »

Valérie Pisano conclut en citant l’auteur Yuval Noah Harari :

« Il faudra apprendre aux gens comment apprendre et leur donner les outils psychologiques pour leur permettre de s’adapter aux changements tout au long de leur vie. »

 

Visionnez l’enregistrement complet du webinaire.

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