Mise en situation
Le phénomène des fusions et acquisitions secoue toute la planète et aucun secteur d'activité économique n'y échappe. Citons à titre d'exemples le secteur pharmaceutique (SmithKline / Glaxo Wellcome), le secteur aéronautique
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Bonnes notes de synthèse | Marche à suivre pour la rédaction
Articles composant le dossier de presse
« Fusion Glaxo / SmithKline : La Bourse de Londres accueille le projet avec enthousiasme »,
Le Devoir, 3 février 1998
Le Devoir, Économie, mardi 3 février 1998, p. B4.
Fusion Glaxo / SmithKline : La Bourse de Londres accueille le projet avec enthousiasme
Le mariage devrait entraîner de lourdes pertes d'emplois
Agence France-Presse, Londres
La Bourse de Londres a accueilli avec enthousiasme hier le projet de mégafusion, annoncé vendredi, entre Glaxo-Wellcome et SmithKline Beecham dans le secteur pharmaceutique, tandis que leurs dirigeants mettaient au point les détails d'un mariage qui devrait entraîner de lourdes pertes d'emplois.
Cette concentration, qui va donner naissance au premier laboratoire pharmaceutique mondial, a propulsé vers les sommets les actions des deux compagnies et permis à la Bourse de Londres d'atteindre de nouveaux records. En fin de matinée hier, le titre Glaxo bondissait de près de 25 % à 20,5 £ (33,40 $ US), tandis que SmithKline Beecham progressait de
La City de Londres n'aime rien tant que ces énormes opérations. Elle ne pouvait que se passionner pour ce qui devrait être la plus grosse fusion de l'histoire industrielle et accoucher de la troisième société du monde, par la valeur boursière et tous secteurs confondus, après l'américain General Electric et l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell. « Glaxo-SmithKline » devrait avoir une capitalisation d'environ 170 milliards de dollars, et une part du marché pharmaceutique d'environ 8 %.
« Nous pensons qu'il s'agit d'une opération extrêmement bonne. Il y a beaucoup de synergies, des économies de coûts à
Glaxo-Wellcome et SmithKline Beecham sont tous deux issus de fusions: celle de Glaxo et Wellcome en 1995, celle de Beecham Group et SmithKline Beckman en 1989.
Les deux groupes ont indiqué hier matin que les discussions se poursuivaient, des deux côtés de l'Atlantique, pour arrêter les détails de la fusion. Les entreprises emploient à elles deux 112 000 personnes dans le monde et exploitent 120 sites de production.
Les groupes se sont mis d'accord sur la répartition du capital, qui sera contrôlé à 59,5 % par les actionnaires de Glaxo et à 40,5 % par ceux de SmithKline Beecham. Elles savent déjà que le président exécutif de la nouvelle structure sera Richard Sykes, le président de Glaxo, et que son directeur général sera Jan Leshly, directeur général de SmithKline.
Cette expérience des fusions, louée par les financiers de la City, suscite la plus grande inquiétude parmi les salariés des deux groupes. Lors de l'absorption de Wellcome, en 1995, Glaxo avait réduit ses effectifs de 7500 personnes. Cette fois, ce sont
Les deux géants britanniques de l'industrie pharmaceutique SmithKline Beecham et Glaxo Wellcome sont en train de discuter d'une fusion qui, si elle aboutit, déboucherait sur la création du plus grand laboratoire pharmaceutique du monde, avait annoncé vendredi SmithKline, qui venait de rompre ses discussions avec le groupe American Home Products.
Sur le marché, SmithKline pèse environ
La plus grande fusion réalisée dans le secteur a été celle d'une valeur de 30 milliards de dollars entre les géants suisses Sandoz et Ciba-Geigy en mai 1996. La deuxième plus grande de l'histoire remonte à 1995, quand Glaxo avait mené à bien son OPA inamicale sur Wellcome pour un montant de 15 milliards de dollars.
James McCarten, « 800 employés touchés à Toronto : Boeing annonce 8200 mises à pied »,
Le Devoir, 21 mars 1998
Le Devoir, Économie, samedi 21 mars 1998, p. C3.
800 employés touchés à Toronto : Boeing annonce 8200 mises à pied
La fusion avec McDonnell Douglas, réalisée l'année dernière, aura entraîné la suppression de 20 000 postes
James McCarten
Presse canadienne, Toronto
Le constructeur aéronautique Boeing va supprimer 8200 emplois additionnels, dont 800 à Toronto, dans le cadre du plan de restructuration découlant de la mégafusion de 13,3 milliards avec McDonnell Douglas, réalisée l'année dernière.
Cette fusion, qui au moment de son annonce devait générer de nouvelles occasions d'affaires et créer des emplois, selon les prévisions de l'avionneur de Seattle, a maintenant entraîné la suppression de 20 000 postes.
Les 8200 licenciements s'ajoutent aux 12 000 annoncés à la fin de l'année dernière par la direction de Boeing, et qui doivent entrer en vigueur au deuxième semestre de cette année.
Quant aux nouvelles mises à pied, elles surviendront au cours des deux prochaines années, alors que Boeing fermera des usines, rationalisera ses activités et cessera graduellement la production des modèles les moins populaires de McDonnell Douglas, les avions de ligne à réaction MD-80 et MD-90.
La nouvelle vague de suppressions de postes touchera principalement la Californie, et Boeing entend surtout procéder par attrition, a dit un porte-parole américain de l'entreprise.
Au Canada, 800 techniciens, monteurs et employés de soutien perdront leur emploi à l'usine de Toronto, où l'on fabrique les ailes pour les deux modèles d'avion appelés à disparaître.
« Deux entreprises ayant des forces différentes se sont fondues en une seule, et les dirigeants ont maintenant décidé de rationaliser dans un secteur où McDonnell Douglas était faible, a déclaré un analyste torontois de l'industrie aéronautique, David Gersovitz. L'entreprise issue de la fusion va présenter des soumissions pour de nouveaux projets et développer de nouveaux produits, ce qui devrait, à terme, créer des emplois. »
Boeing, qui comptait 238 000 employés après l'intégration des activités de McDonnell Douglas en août 1997, prévoit d'éliminer 15 % de l'espace de ses usines.
Le sort des 1200 autres employés de l'usine de Toronto dépend du succès de Boeing à faire mousser les ventes de son avion à réaction MD-11, comme le prévoit l'avionneur dans son plan de développement. L'usine de Toronto fabrique des pièces pour le MD-11.
Un porte-parole du Syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile, Jerry Dias, s'est pour sa part dit convaincu que Boeing n'investira pas au Canada tant que les grands transporteurs aériens d'ici bouderont ses avions pour leur préférer ceux du consortium européen Airbus.
Marché canadien fermé
Il y a près de 10 ans que Boeing n'a pas vendu un nouvel avion de ligne commercial à un transporteur canadien. Air Canada, le plus important transporteur aérien au pays, a récemment manifesté sa préférence pour le modèle A-320 d'Airbus, un avion à réaction de plus petite dimension qui convient parfaitement au marché canadien et ses périodes de moindre achalandage. Jusqu'à récemment, Boeing n'offrait pas de modèle comparable.
Les travailleurs canadiens de l'aéronautique en paient maintenant le prix, soutient M. Dias. « Il existe une forte demande pour les compétences que possèdent nos travailleurs, et le dollar canadien est faible, mais des entreprises telles que Boeing prennent leurs décisions en fonction de l'engagement des gouvernements à leur égard », a-t-il dit.
Un porte-parole de Boeing, Erroll Weaver, a pour sa part rappelé que l'entreprise avait dépensé 1,3 milliard en biens et services au Canada l'année dernière, ce qui témoigne de l'engagement de l'entreprise envers le pays.
« Le marché canadien a été bon pour Boeing pendant plusieurs années, et depuis quelques années ce marché est en déclin, ça ne fait pas de doute », a dit M. Weaver, en précisant qu'Air Canada et Les Lignes aériennes Canadien International ont tous deux une flotte importante d'avions Boeing.
« Les décisions annoncées aujourd'hui ne sont aucunement liées à tout ceci », a-t-il ajouté.
« Création du numéro deux américain des télécommunications »,
Le Droit, 29 juillet 1998
Le Droit, L'Économie, mercredi 29 juillet 1998, p. 12.
Création du numéro deux américain des télécommunications
Fusion de GTE avec Bell Atlantic
Associated Press, New York
Nouvelle mégafusion dans les télécommunications. Les opérateurs américains Bell Atlantic et GTE ont annoncé mardi leur intention de fusionner pour constituer le numéro deux du secteur derrière AT&T.
Issu d'une fusion estimée à 52,9 milliards $, le nouveau groupe aura un chiffre d'affaires global de 53 milliards de dollars et exploitera 63 millions de lignes téléphoniques locales.
Bell Atlantic, qui résulte elle-même d'une fusion avec Nynex, un autre opérateur, est la première compagnie locale aux États-Unis. GTE occupe le troisième rang sur le marché américain. Mais elle est aussi présente sur le marché des communications longue distance et sur celui d'Internet par l'intermédiaire de sa filiale BBN, qui offre des services aux entreprises.
Charles Lee, le président de GTE, et son homologue de Bell Atlantic, Ivan Seidenberg, co-présideront le nouvel ensemble, présenté par les deux compagnies comme une fusion de deux sociétés égales et non comme une absorption de l'une par l'autre.
Selon les termes de l'accord, les actionnaires de GTE recevront 1,22 action Bell Atlantic pour un titre GTE.
Suit une tendance
L'annonce de cette nouvelle fusion parmi les « Baby bells » (compagnies locales résultant de la déréglementation du téléphone aux États-Unis), après celle entre SBC Communications et Ameritech, a suscité des réactions contrastées à Washington.
Dans l'entourage de certains membres du Congrès, on expliquait que cette opération pourrait connaître le même sort que la fusion AT&T-SBC, annulée l'an dernier par les autorités fédérales en raison des risques de monopole sur le marché des communications longue distance.
François Leroux, « La fusion des banques : une occasion de réfléchir sur les règles du jeu »,
Gestion, volume 23, numéro 2, été 1998
Gestion, été 1998, p. 19-20.
La fusion des banques : une occasion de réfléchir sur les règles du jeu
François Leroux*
Les faits sont connus : le 23 janvier dernier, la Banque Royale et la Banque de Montréal annonçaient qu'elles envisageaient de fusionner et qu'elles mettraient leur projet à exécution dès qu'elles obtiendraient le feu vert des autorités de tutelle. Cette annonce d'une fusion entre deux grandes banques canadiennes ne fut pas en elle-même une surprise. Depuis déjà un certain temps, cette éventualité avait été évoquée. Ce qui étonna peut-être plus, ce furent l'identité des partenaires et le moment choisi pour faire connaître cette décision. En effet, plusieurs pensaient qu'en matière de fusion, rien ne se passerait tant que le groupe de réflexion sur l'avenir des services financiers n'aurait pas remis son rapport.
Toujours est-il que maintenant, l'annonce a eu lieu. Les observateurs et les intervenants de la scène économique vont devoir s'habituer. Le paysage bancaire qui leur était familier a commencé à changer : l'environnement bancaire au Canada n'est plus le même.
Cette décision va évidemment susciter bien des commentaires et il est bon de mettre de l'avant certains paramètres qui risquent de peser sur les décisions à venir.
Fusion et pouvoir
Ce n'est pas la première fois que les Canadiens « se disent inquiets » du phénomène des fusions. Cette inquiétude fut sans doute à son comble lorsque, dans les années 70, on mit en place une commission royale d'enquête sur la question. Peut-être vaut-il la peine de rappeler que ce qui avait déclenché cette commission royale, c'était la crainte que l'on avait de voir deux grands conglomérats, comme on aimait à le dire à l'époque, prendre une importance croissante dans l'économie canadienne. On craignait surtout que les acquisitions en cours à l'époque aboutissent à une concentration trop forte du pouvoir économique. Aujourd'hui, il est sans doute ironique de constater que bien peu se souviennent que l'un des conglomérats était le groupe Argus qui a disparu de la scène financière.
Au cours des 25 dernières années, les choses ont bien changé. En particulier, l'ouverture des frontières et la circulation internationale des fonds et des marchandises ont eu comme conséquence que l'appréciation du pouvoir économique n'est plus ce qu'elle était et que dans bien des secteurs, le contrôle exercé par quelques entreprises est beaucoup plus précaire et rapidement remis en cause, entre autres sous la poussée de la mobilité des capitaux, de l'internationalisation des investissements et des changements technologiques.
Les fusions qui nous intéressent tant, du fait de la multiplication des projets dans ce sens autour de nous, ne sont pas le seul résultat de changements structurels. Après tout, beaucoup d'études empiriques faites au cours des 30 dernières années, de part et d'autre de la frontière, soulignent qu'il y a toujours une accélération du nombre des fusions et acquisitions dans la phase finale d'un cycle haussier à la Bourse. Chacun pourra s'interroger pour savoir si l'engouement actuel viendra renforcer cette observation historique!
Un phénomène planétaire
La fusion de la Banque Royale et de la Banque de Montréal s'inscrit dans le cadre d'un mouvement général de restructuration et d'acquisition des plus grandes institutions financières dans le monde entier. La liste des mariages (de raison ou de convenance!) est impressionnante. Et je vous prie de croire que si la fusion de la Banque Royale et de la Banque de Montréal a suscité bien des commentaires ici, celle qui implique l'Union des Banques Suisses et de la Société de Banque Suisse a, elle aussi, causé bien des remous à Zurich, Genève et plus encore à Londres. Les projets nombreux et divers en cours aux États-Unis ne manquent pas non plus d'intriguer les observateurs.
Il faut convenir que l'argument de la taille du bilan que l'on avance pour justifier la fusion est un argument qui a beaucoup de crédibilité. Des événements récents en Europe lui donnent du poids. C'est une idée en effet communément admise que pour pouvoir rester présent sur certains créneaux, en particulier dans le secteur de l'investment banking, il est nécessaire de pouvoir mobiliser rapidement des ressources considérables. Les observateurs ont noté, avec un peu de surprise et beaucoup d'intérêt, ce qui s'est passé en Grande-Bretagne au cours de l'année 1997. En effet, on a noté que Natwest d'une part, et Barclays d'autre part, ont dû mettre en veilleuse leurs ambitions dans l'investment banking suite à leur refus ou à leur incapacité de se trouver un partenaire leur permettant d'acquérir la taille nécessaire pour soutenir leurs ambitions dans ce domaine. Il s'est alors répandu l'idée selon laquelle il n'y aurait pas, au niveau international, de la place pour tout le monde et que l'extraordinaire succès et le rôle de leadership exercé par les maisons américaines sur la scène modiale venaient peut-être autant de leur taille que de leur talent.
Bien sûr, si l'on parle de taille, on parle de taille absolue et de taille relative. Et il est indéniable que la taille relative des banques canadiennes a diminué au cours des dernières années : les institutions canadiennes ont glissé dans tous les classements publiés par les revues spécialisées. Il y a bien des raisons à ce phénomène, mais je voudrais souligner un fait bien peu relevé par les observateurs : les banques canadiennes ont vu diminuer leur taille relative en partie parce qu'elles ont la majorité de leurs actifs en dollars canadiens! Et l'on sait de quelle faiblesse chronique est atteinte notre monnaie nationale! Je suis de ceux qui se sont toujours prononcés contre les politiques de dollar faible et les prétendus gains de compétitivité qui accompagnent cette politique. Au fond, est-il illogique de dire que 25 ans de faiblesse du dollar canadien se traduisent par la nécessité de fusions dans bien des secteurs pour rester concurrentiels? Il est ironique de voir que certains, qui s'objectent par réflexe pavlovien à la fusion des banques, sont les mêmes qui ont passé leur temps à applaudir la politique de dépréciation continuelle de notre dollar.
L'occasion de redéfinir les règles du jeu
Le grand public dans son ensemble méconnaît foncièrement la nature et le fonctionnement des banques. Et pourtant, il bénéficie largement de la santé financière et de la solidité de ces institutions. Quand on constate combien de pays (et pas seulement les pays en émergence ou en transition) ont dû faire face à des crises bancaires d'importance au cours des dix dernières années, on ne peut que se féliciter de la performance et de la stabilité du système bancaire canadien. Cette stabilité est un « bien public » que beaucoup tiennent pour acquis.
Or, le grand public et les faiseurs d'opinion ne sont guère favorables aux banques et il est à craindre que dans le débat qui va se faire autour de la fusion, on voie se manifester des oppositions basées plus sur des préjugés et sur la démagogie que sur l'analyse réfléchie des enjeux. Il est à craindre en particulier que l'on mélange les genres. Et cela a déjà commencé.
Où, en fait, se trouve le vrai problème? À mon avis, sûrement pas au niveau du service aux particuliers. Certes, le nombre de succursales risque de diminuer et le choix des consommateurs sera, à court terme, plus restreint. Mais, avant de monter sur ses grands chevaux et de crier au scandale, il serait bon de se rappeler que les consommateurs font relativement peu de magasinage dans leur choix de banques et que beaucoup considèrent que la gamme de services procurés par les différents établissements et les conditions offertes sont relativement semblables. D'autre part, et cela semblera peut-être curieux à certains, il ne serait pas difficile d'augmenter le nombre de concurents si l'on arrivait un jour à la conclusion qu'il y a, dans le domaine du service aux particuliers, abus de position dominante. En effet, il serait facilement envisageable d'augmenter le nombre de joueurs, ne serait-ce qu'en permettant aux entreprises du secteur de l'assurance de remplir un nombre limité de services qui sont de l'exclusivité du secteur bancaire. Beaucoup de consommateurs, surtout parmi les moins fortunés, se contenteraient sûrement d'une panoplie réduite de services.
Beaucoup plus complexes sont les problèmes liés aux financements des PME? Là aussi, il faut faire attention et ne pas tomber dans la facilité qui tend à présenter systématiquement les PME comme des victimes du système bancaire. Mais il est un fait que la réduction du nombre des joueurs limite automatiquement le nombre d'établissements auxquels on peut présenter ses projets. Peut-on espérer qu'à moyen terme, on assiste à une entrée massive des banques étrangères? L'observation tend à montrer que le segment des PME n'est pas forcément le secteur qui les intéresse le plus. Aussi, si la concurrence se révèle, à l'expérience, très sérieusement compromise, sans doute faudra-t-il penser à la création d'institutions spécialisées, dont la propriété pourrait être partagée par plusieurs institutions financières, nationales ou étrangères, qui pourraient bénéficier d'une fiscalité adaptée, en compensation du degré de risque accru qu'accompagne, à certaines périodes, le financement des PME.
Il est clair que les autorités de tutelle vont devoir, face à cette fusion, repenser les règles du jeu qui doivent présider à l'exercice de la concurrence au Canada. C'est une occasion historique qui s'offre au Bureau de la concurrence à la faveur de cette fusion. Il est sûr et certain que dans ses recommandations, il va donner des points de référence sur ce qu'il considère, par exemple, comme une part de marché acceptable et sur ce qu'il considère comme un niveau de concentration industrielle raisonnable. Au fond, c'est la première fois qu'il aura à se prononcer dans le cadre d'une cause aussi visible. C'est aussi la première fois où, dans une affaire majeure, il devra réfléchir et se prononcer en prenant en compte la nouvelle réalité qu'est la zone de libre échange nord-américaine.
Pour beaucoup d'économistes et d'acteurs du monde des affaires, les recommandations qui seront données sont lourdes de conséquences. Le Bureau a fait savoir qu'en la matière, il prendrait son temps. C'est sans doute sage. Mais d'un autre côté, il devra faire preuve de diligence, car il n'est pas possible d'imaginer que deux institutions de l'importance et de la taille de la Banque Royale et de la Banque de Montréal soient laissées indéfiniment en position d'attente. Ces organisations doivent pouvoir procéder aux ajustements qui découlent de la fusion. Et par ailleurs, les cadres et l'ensemble des personnels ne peuvent être laissés dans l'incertitude trop longtemps. Ainsi le Bureau de la Concurrence devra se pronocer avec prudence et célérité!
Big is beautiful?
Ainsi, une chose est certaine, les choix faits par deux de nos plus grandes banques vont sûrement amener leurs concurrents à revoir leurs choix stratégiques. Mais il sera bon de se souvenir que les chemins de la croissance et de la rentabilité sont multiples. Big is beautiful n'est pas un credo absolu.
Jusqu'en janvier, les banques canadiennes étaient un peu perçues de l'extérieur comme monolithiques et interchangeables. Elles vont de plus en plus développer des identités propres.
De ce fait, l'industrie bancaire canadienne n'est plus tout à fait la même.
*François Leroux est professeur à l'École des hautes études commerciales de Montréal.
« Daimler / Chrysler : La fusion est bouclée »,
Le Soleil, 27 octobre 1998
Le Soleil, Questions d'argent, mardi 27 octobre 1998, p. B9.
Daimler / Chrysler : La fusion est bouclée
Agence France-Presse, Stuttgart
La mégafusion transatlantique entre le premier groupe industriel allemand Daimler-Benz et l'américain Chrysler est « bouclée » et accouche du numéro trois mondial de l'automobile, a annoncé hier Daimler.
Dans un communiqué, le groupe allemand a précisé qu'environ 97 % de ses actions avaient été échangées en actions du nouveau groupe DaimlerChrysler, dont la cotation officielle devrait débuter mi-novembre.
La période d'échange d'actions de 30 jours se terminait vendredi midi. Mais, pour répondre aux exigences du gendarme de la bourse de New York, la Security and Exchange Commission, cette période doit être allongée de dix jours, car la parité d'échanges de un pour un est désormais meilleure, a expliqué Daimler.
Un bonus a en effet été promis aux actionnaires si la proportion d'actions échangées dépasse le seuil minimum nécessaire des 75 %, ce qui est le cas. « Comme promis », ils toucheront une action gratuite pour 200 actions, a indiqué Daimler dans son communiqué.
Qu'ils soient américains ou non, les actionnaires, n'ayant donc pas encore converti leurs titres, pourront encore le faire jusqu'au vendredi 6 novembre midi, a ajouté Daimler.
« Nous nous réjouissons particulièrement que presque tous les petits actionnaires aient échangé leurs actions » malgré la campagne menée par les détracteurs de la fusion, s'est félicité Manfred Gentz, le directeur financier de Daimler.
Le pourcentage d'actions échangées est le meilleur jamais atteint au moins pour une telle opération d'échange libre, une « preuve de confiance », selon le patron de Daimler, Juergen Schrempp cité dans le communiqué.
Avec un chiffre d'affaires de quelque 234 milliards de DM (143 milliards $) DaimlerChrysler se classe derrière les américains General Motors et Ford.
La Deutsche Bank, première banque privée allemande, détient quelque 12 % du nouveau groupe, dont le siège mondial sera dans le sud-ouest de l'Allemagne, à Stuttgart.
Jeffrey E. Garten, « La démocratie menacée par les mégafusions? »,
Courrier international, n° 430, du 28 janvier au 3 février 1999
Courrier international, n° 430, du 28 janvier au 3 février 1999, p. 45-46.
La démocratie menacée par les mégafusions?
Extraits du Business week
Jeffrey E. Garten*
Il est impossible de contenir la vague de mégafusions qui balaie actuellement les États-Unis. Mais ce n'est pas une raison pour ignorer son impact sur la société américaine. Ces deux dernières années, nous avons assisté à certains des mariages les plus gigantesques de notre histoire: Citibank et Travelers,WorldCom et MCI, Daimler et Chrysler, British Petroleum et Amoco, pour n'en nommer que quelques-uns. D'autres, tout aussi colossaux, uniront demain Deutsche Bank et Bankers Trust, Exxon et Mobil ou encore Aetna et Prudential Health. On peut certes comprendre les énormes pressions imposées par le marché (économie mondialisée), qui contraignent les entreprises à ces fusions géantes. Mais ces rapprochements soulèvent des questions jusqu'ici inédites.
Le problème majeur de ces opérations titanesques tient à un déséquilibre croissant entre pouvoir public et pouvoir privé dans notre société. Les Américains n'identifieront sans doute pas éternellement Adam Smith avec la satisfaction complète des intérêts de la société. À l'époque dorée de J.P. Morgan et de John D. Rockefeller, par exemple, l'existence d'une puissance industrielle non maîtrisée a provoqué une vigoureuse réaction de l'État : création des lois antimonopole, de la Réserve fédérale et de la Securities and Exchange Commission [SEC, qui contrôle les opérations de Bourse]. Au laisser-faire des années 50 ont succédé plus de dix années pendant lesquelles l'État a acquis de nouveaux pouvoirs sur le commerce, dans des domaines comme l'environnement et l'égalité des chances en matière d'emploi. Aujourd'hui, la tendance s'inverse de nouveau, à mesure que les marchés (et, en particulier, les très grandes entreprises) prennent le contrôle des affaires nationales et internationales. Bien sûr, les multinationales géantes ne sont pas nées d'hier. Mais on constate actuellement que l'ère de l'État fort cède la place à celle des titans planétaires. Or ces entreprises gigantesques, dont les intérêts et les activités s'étendent de Boston à Brisbane, sont souvent moins enclines que leurs soeurs plus modestes à s'engager au plan local en faveur des écoles, de la culture, de la recherche et de la formation de leurs éventuels salariés.
Les grands groupes exercent une influence démesurée sur la législation américaine. Les carences scandaleuses de nos lois sur le financement des campagnes ne laissent guère d'illusions : les poids lourds de l'économie disposent d'un immense pouvoir sur des questions comme les normes écologiques, la politique fiscale, la sécurité sociale et la santé. Car on a beau insister sur l'importance du libre-échange, les mastodontes comme Citigroup pourraient bien se révéler invincibles. Souvenons-nous de la façon dont Washington a tiré d'affaire Lockheed et Chrysler. Les mégasociétés sont presque au-dessus des lois. Leur puissance financière leur permet de neutraliser ceux qui chercheraient à les traîner en justice. Au pire, en cas de condamnation, elles ont les moyens de payer d'énormes amendes sans mettre en péril leurs activités.
Ces géants exercent également des pressions considérables sur l'attitude des États-Unis à l'égard du reste du monde. Les contractants de la défense, comme Lockheed Martin – issu d'une fusion en 1995 –, ont fait campagne avec succès pour l'élargissement de l'OTAN et les ventes d'armement qui en découlaient, à destination de la Pologne, de la République tchèque, etc. À l'avenir, les colosses nés des fusions, comme Boeing-Mc Donnell Douglas, renforceront encore leur formidable emprise sur la politique commerciale américaine. Des groupes comme Exxon-Mobil traiteront presque d'égal à égal avec les pays producteurs de pétrole – une diplomatie privée qui n'avait pas eu de précédent depuis la Compagnie des Indes orientales britannique et sa quasi-souveraineté en Asie.
Le système économique américain ne se porte jamais aussi bien que lorsque les besoins publics et privés sont équilibrés. Or, par leur ampleur, ces fusions suffisent à ébranler cette harmonie. Que faire? De toute évidence, la priorité consiste à réformer en profondeur la législation sur le financement des campagnes afin d'empêcher une entité économique, quelle qu'elle soit, de contrôler la politique du pays. En outre, pour préserver l'équilibre entre pouvoir privé et pouvoir public, Washington pourrait s'atteler à un certain nombre de dossiers touchant à la fiscalité et à la réglementation. Mais ce dont nous avons surtout besoin, c'est d'un vigoureux débat sur la répartition des responsabilités entre les entreprises et le gouvernement à l'ère du capitalisme mondialisé. Divers problèmes liés à cette question ont surgi à l'occasion de la crise financière asiatique, au cours de laquelle les mouvements de capitaux ont débordé la capacité des gouvernements nationaux à gérer leur économie.
Victimes des fusions Le nombre record des fusions aux États-Unis – plus de 12 000 annoncées en 1998 – suscite une vive inquiétude chez les nombreuses associations caritatives et autres institutions – musées, orchestres... – qui bénéficient de dons. L'aide financière des entreprises joue en effet un rôle très important dans les arts et les activités philanthropiques aux États-Unis. Selon Giving États-Unis, qui comptabilise les dons, celle-ci a atteint 8,2 milliards de dollars en 1997. « L'essentiel des subventions va aux organisations situées dans les villes où les entreprises sont présentes; les fusions réduisent donc le nombre de localités concernées », écrit le New York Times.
* Jeffrey E. Garten est doyen de la Yale School of Management. Ancien banquier d'affaires, il a été secrétaire d'État adjoint dans la première administration Clinton.