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Les foudres encourues

Le verbe encourir hante les textes québécois de gestion : quand ce ne sont pas des dépenses *encourues, ce sont des pertes ou encore des frais à *encourir. Ex. : Compte tenu des frais *encourus, nous devrons augmenter le prix de ces articles. L'entreprise pourrait *encourir d'importantes pertes financières.

Pourtant la définition de ce verbe – de registre littéraire – cadre mal avec la plupart des emplois que l'on peut relever dans les articles de la presse courante ou spécialisée et dans les ouvrages de gestion. C’est ainsi que dans 87 % des emplois relevés dans la presse écrite québécoise au cours de la même période, le verbe est accompagné des noms déficit, dépense, frais et perte. Au Québec, sous l'influence du verbe anglais to incur, on emploie à tort le verbe encourir au lieu des verbes engager (ex. : des frais engagés et non des frais *encourus) et subir (ex. : des dépenses subies et non des dépenses *encourues).

Le verbe français encourir a conservé le sens figuré du verbe latin incurrere dont il est issu et qui signifie au sens propre « courir contre », «se jeter sur» et, au sens figuré, « s’exposer à ». En effet, Le Petit Robert, version électronique, le définit ainsi :

encourir v. tr.

• XIVe; encorre XIIe; lat. incurrere

Littér. Se mettre dans le cas de subir (qqch. de fâcheux). mériter (cf. S'exposer à). Encourir une amende, des peines très sévères. « Pour ces crimes, tu as encouru la sentence d'excommunication. » (Huysmans). P. p. adj. Les peines encourues.

Dans le journal Le Monde (1997), le verbe encourir n’est utilisé qu’au sens de « s’exposer à ». Voici quelques exemples d’emplois corrects :

  1. Encourir un, des risques
    « ...pour ne pas encourir un risque d’inconstitutionnalité... »
     
  2. Encourir une peine d’emprisonnement
    « ...qui lui fait encourir dix ans d’emprisonnement. »
     
  3. encourir des reproches
    « ...en cause sans encourir le reproche de faire reculer les droits... »
     

  4. encourir les foudres
    « ...qui à encourir les foudres de la justice. La FNAC... »

Fait à noter, dans plus de 60 % des attestations relevées dans Le Monde en 1997, c'est le nom risque qui agit comme complément d'objet direct du verbe encourir; les autres compléments sont les noms peine, châtiment, amende, reproche, réprimande et foudres.

En résumé, retenons que le verbe encourir appartient à la langue soutenue et qu’il n'a que le sens de « s'exposer à quelque chose de fâcheux  ». Lorsqu’on emploie ce verbe au sens plus général de « to incur », on fait un emprunt sémantique à l’anglais, un anglicisme et on pourrait alors encourir les foudres linguistiques!


Marie-Éva de Villers
Directrice de la qualité de la communication de 1990 à 2013 à HEC Montréal et auteure du Multidictionnaire de la langue française, du Multi des jeunes et de La Grammaire en tableaux.

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