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Les étudiants et la langue française : Un savoir évolutif

C’est à l’unanimité du conseil pédagogique et des associations étudiantes que l’École des HEC adopte en 1990 une politique de la communication. Les enquêtes menées auprès des milieux d’affaires indiquent déjà que ceux-ci valorisent la maîtrise de la langue française et de la langue anglaise pour le recrutement de leurs futurs employés. Cette nouvelle exigence est logique. En effet, le professeur Henry Mintzberg de l’Université McGill estime que les cadres et dirigeants des organisations passent plus de 75 % de leur temps à communiquer à l’oral ou à l’écrit. On constate aussi que plus ils montent dans la hiérarchie plus ils deviennent des communicateurs.

Dans ce contexte, la stricte acquisition de connaissances techniques ne saurait suffire. Il apparaît important de donner aux étudiants la possibilité de s’exprimer de façon efficace et rigoureuse afin qu’ils puissent tirer le meilleur parti de leur formation. En faisant le choix de se doter d’une petite équipe chargée de la qualité de la communication, l’École des HEC ne fait que renouer avec sa tradition; n’a-t-elle pas recruté Victor Barbeau en 1925 pour enseigner le français à ses étudiants?

La politique de la qualité de la communication des HEC prévoit notamment une épreuve de français au début de la 1re année du baccalauréat, une seconde épreuve en 2e année (la note de synthèse), des débats oratoires, des présentations d’affaires, des cours d’appoint sur les difficultés de la langue française, des ateliers sur la méthodologie des communications d’affaires (la rédaction du rapport, par exemple), un service de consultations linguistiques pour les étudiants, les professeurs et le personnel de l’École. À ces divers volets s’ajoutent depuis peu l’évaluation de la compétence linguistique en anglais pour tous les étudiants du baccalauréat et de la maîtrise ès sciences de la gestion, des cours d’anglais des affaires et même des cours d’espagnol des affaires.

Des progrès significatifs

Neuf ans après l’instauration du test de français du ministère de l’Éducation du Québec pour l’ensemble des étudiants des universités francophones, nous pouvons noter une amélioration marquée de la maîtrise de la langue des étudiants récemment admis à l’École des HEC. Il est possible de penser que nous commençons à recueillir les fruits d’une telle décision. Certains professeurs d’autres établissements d’enseignement ont fait un semblable constat.

Il est certain qu’il reste encore du chemin à faire : de nombreuses constructions syntaxiques demeurent fautives, des anglicismes persistent, le vocabulaire de certains étudiants est d’une grande pauvreté, mais nous observons une diminution sensible des fautes d’orthographe, une meilleure compréhension de la structure de la phrase – ce qui permet aux étudiants d’alléger leurs textes, de mieux mettre en valeur leur pensée –, un plus grand souci d’utiliser la terminologie exacte. La notion de plan ne leur semble plus étrangère et ils trouvent normal d’organiser leurs idées avant de commencer à écrire. Quant à la ponctuation, les progrès tiennent du miracle.

Nous estimons que l’adoption du test de français en 1989 pour l’ensemble des nouveaux étudiants universitaires a eu des répercussions positives. Cette décision énergique avait le mérite de communiquer très clairement le message que la maîtrise de la langue est essentielle, que la qualité du français importe. Nous croyons que les étudiants sont maintenant mieux préparés que leurs prédécesseurs en ce qui a trait à la maîtrise de la langue :


  • ils ont certainement reçu une meilleure formation en français au secondaire et au cégep;
  • les établissements d’enseignement ont mieux dépisté les élèves faibles et ceux-ci ont pu bénéficier de cours d’appoint pendant leurs études secondaires ou collégiales;
  • ces étudiants sont davantage sensibilisés à l’importance de maîtriser le français, l’anglais et même une troisième langue;
  • les entreprises qui viennent recruter les diplômés valorisent la maîtrise de la langue, ce qui constitue une motivation très puissante pour les étudiants.
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La langue du dimanche

Nos étudiants actuels s’expriment avec beaucoup plus d’aisance que ceux de la dernière décennie. Lorsque le contexte le requiert (exposés, entrevues, débats, etc.), ils sont en mesure de bien défendre leurs idées, d’argumenter dans une langue relativement soignée. Point important, il est maintenant plutôt bien vu d’être habile à communiquer, de parler correctement… lorsque la situation l’exige.

À l’écrit, nous observons le même phénomène; s’il s’agit d’une épreuve, d’une évaluation, d’un travail dont on notera la forme, la majorité des étudiants remettent des textes très convenablement écrits. Par contre, les journaux étudiants sont encore truffés de fautes d’orthographe, de constructions boiteuses, etc., et bon nombre de professeurs déplorent les nombreuses fautes d’orthographe qu’ils relèvent lors de la correction des examens.

Il semble que le savoir linguistique, récemment acquis, n’ait pas encore fait l’objet d’une intégration totale : dans leurs habits du dimanche, la plupart des étudiants peuvent maintenant s’exprimer avec une relative élégance. Dans leur tenue de tous les jours, bon nombre d’entre eux s’expriment d’une façon nettement détendue aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Néanmoins, il est permis d’espérer que les nouvelles exigences du marché du travail permettront aux diplômés de tirer profit de leur maîtrise de la communication dans leurs activités courantes et qu’ils pourront s’offrir le luxe d’être linguistiquement élégants tous les jours!


Marie-Éva de Villers
Directrice de la qualité de la communication de 1990 à 2013 à HEC Montréal et auteure du Multidictionnaire de la langue française, du Multi des jeunes et de La Grammaire en tableaux.

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