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Tests de français du ministère : Des résultats non significatifs

« Neuf cégépiens sur dix réussissent le test de français du ministère de l’Éducation », titrent à la une les journaux du samedi 27 février 1999. Il est vrai que depuis 1989 les jeunes Québécois ont accru de façon marquée leur maîtrise du français. Cependant les résultats que vient de communiquer le Ministère font état de progrès aussi subits que considérables, des progrès qui ne doivent pas nous illusionner.

Il serait surtout extrêmement regrettable que ces résultats transmettent le message que les efforts importants consentis au cours de la dernière décennie en vue de donner aux élèves du Québec la pleine maîtrise du français ne sont plus nécessaires. Un contexte budgétaire très serré menace déjà les centres d’aide en français si utiles ainsi que les multiples mesures prises dans bon nombre d’établissements scolaires pour réduire les lacunes des élèves (dépistage, cours d’appoint, ateliers, tutorat, etc.). Il ne faudrait pas qu’on se repose sur des lauriers –factices, de surcroît – et que l’investissement majeur des dix dernières années dans la pédagogie de la langue française soit compromis.

1989 : Une alerte salutaire

L’instauration d’un test de français en 1989 pour les nouveaux étudiants universitaires a eu pour mérite de tirer la sonnette d’alarme : un maigre taux de succès imposait un programme complet de mesures correctives. En effet, à peine plus de 55 % des cégépiens avaient réussi la première épreuve de français écrit du Ministère, à dire vrai une épreuve qui n’était guère plus difficile que celle qui était imposée aux élèves à la fin du secondaire.

Dix ans après l’adoption du test, cette initiative commence tout juste à porter ses fruits : nous pouvons noter une amélioration marquée de la maîtrise de la langue des étudiants récemment admis à l’École des HEC. Il est certain qu’il reste encore du chemin à faire : de nombreuses constructions syntaxiques demeurent fautives, des anglicismes persistent, le vocabulaire de certains étudiants est d’une grande pauvreté, mais nous observons une diminution sensible des fautes d’orthographe, une meilleure compréhension de la structure de la phrase, un plus grand souci d’utiliser la terminologie exacte. La notion de plan ne leur semble plus étrangère et ils trouvent normal d’organiser leurs idées avant de commencer à écrire. Nous croyons que les étudiants sont maintenant mieux préparés que leurs prédécesseurs en ce qui a trait à la maîtrise de la langue. Cependant ces acquis sont récents et demeurent fragiles. Or voilà que les résultats de 1998 indiquent un changement de cap. 

1998 : Un changement draconien

Aux tests de français du Ministère échelonnés de 1990 à 1997, le taux de succès moyen des étudiants ayant choisi les HEC s’établissait à 70 %, un des taux les plus élevés pour l’ensemble des facultés d’administration. Cependant l’adoption d’une épreuve de français dont la réussite est une condition d’obtention du diplôme d’études collégiales (D.E.C.) devait modifier totalement la situation. En septembre 1998, 100 % des nouveaux étudiants des HEC fraîchement munis d’un D.E.C. avaient réussi l’épreuve de français : on a gommé d’un seul coup 30 % d’échecs!

C’est Lucienne Robillard, alors ministre de l’Éducation, qui a rendu obligatoire le succès à l’épreuve uniforme de français pour l’obtention du D.E.C. Dans son intention, la mesure de la Ministre était louable, mais elle comportait des effets pervers, comme on peut le constater aujourd’hui. En effet, peut-on raisonnablement priver de leur diplôme plus de 40 % des cégépiens pour un examen de français raté? Pour éviter cette hécatombe, il a fallu modifier les critères de la correction et hausser de plus de 30 % le taux de succès moyen. Ainsi que l’écrivait André Painchaud, professeur de français au cégep de Saint-Jérôme, dans la page « Idées » du Devoir (8 février 1999) : « Au lieu de fixer un standard raisonnable – ce que cet examen aurait dû faire –, on aura au contraire provoqué une baisse des exigences, donc une plus grande détérioration de la situation! Cet examen est important et il doit le rester. Mais, pour le moment, il constitue non seulement une vaste opération de maquillage, c’est aussi du sabotage! »

Pour expliquer le taux de succès inespéré des cégépiens, les responsables de l’épreuve de français du Ministère invoquent le fait que le nouvel examen est mieux adapté à la formation reçue. C’est tout à fait exact, mais peut-on croire que les cégépiens ont moins de difficultés à disserter sur le thème du souvenir dans les poèmes de Victor Hugo et de Michel Garneau ou sur la notion de bonheur dans Antigone de Jean Anouilh qu’à rédiger un texte d’opinion sur un sujet d’actualité? Les échecs au test de français du Ministère n’ont à peu près jamais été attribuables au contenu (structure du texte, qualité de l’argumentation, etc.), mais essentiellement à la forme, c’est-à-dire à l’orthographe, à la syntaxe et à la ponctuation. Ce n’est pas le contenu de leurs textes qui était en cause, mais la maîtrise du code.

En plus d’envoyer un signal trop optimiste, de nature à freiner les efforts consacrés à l’enseignement du français, la majoration suspecte du taux de succès à l’épreuve ministérielle de français fait en sorte que les universités ne peuvent plus se fier à ces résultats et qu’elles se verront contraintes de remettre en place leur propre examen.

Solutions

Pour remédier à cette situation et disposer d’un diagnostic fiable, il ne faudrait pas lier l’obtention du diplôme à la réussite de l’épreuve de français. Et par-dessus tout, il importerait de maintenir les efforts qui commencent tout juste à porter des fruits et poursuivre sans relâche le vaste chantier d’appropriation et de revalorisation de la langue française au Québec.


Marie-Éva de Villers
Directrice de la qualité de la communication de 1990 à 2013 à HEC Montréal et auteure du Multidictionnaire de la langue française, du Multi des jeunes et de La Grammaire en tableaux.

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