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Les mots : j'en fais mon affaire

Rit-elle toujours, la Castafiore, de se voir si belle en ce miroir?

L'abus du verbe se voir n'est qu'un symptôme, fort inquiétant en lui-même, d'un phénomène plus large, celui de l'utilisation exagérée de la voix passive. En effet, pourquoi dire les choses simplement, clairement, en empruntant la voix active quand on peut écrire de façon pseudo-savante, compliquée et alambiquée en utilisant la lourde voix passive?

Certains attribuent cette omniprésence de la voix passive dans les textes français à l'influence toujours pernicieuse de l'anglais. Or, une consultation rapide de quelques ouvrages de stylistique permet de constater qu'en anglais les bons auteurs recommandent aussi l'utilisation de la voix active. En effet, le 14e principe de rédaction de William Strunk Jr. et E. B. White dans leur célèbre Elements of Style est le suivant : « Use the active voice. »

Mais voilà, le débat voix active/voix passive, tant en anglais qu'en français, est un sujet de chronique à lui tout seul et ne doit pas nous faire perdre de vue l'objet de celle-ci : le verbe se voir et l'épineuse question de la forme du verbe (participe ou infinitif) qui peut le suivre.

Le verbe se voir peut s'employer à la forme pronominale : Elle s'est vue dans le miroir.
Pour accorder le participe passé vu, il suffit d'appliquer la règle classique des verbes pronominaux. Il s'accordera, dans ce cas-ci, avec le complément d'objet direct s'. Le verbe se voir peut également être suivi d'un adjectif : Elle s'était vue libre de dépenser ce qu'elle voulait. Mais comme il s'est vu seul contre trois adversaires… (Grand Robert).
Dans ces deux exemples, le participe passé vu s'accorde avec le complément d'objet direct. Ces trois emplois de se voir sont tout à fait corrects et justifiés, et ne font pas partie de ceux que nous dénonçons.

Ce sont d'autres emplois du verbe se voir qui posent problème, le suivant par exemple : L'équipe de recherche s'est (vu ou vue?) (accorder ou accordé?) une importante subvention.
On hésite au sujet de la forme (infinitif ou participe) du verbe qui suit se voir ainsi qu'au sujet de l'accord du participe vu.

La solution à privilégier consiste à réhabiliter la voix active et le pronom indéfini on, grand oublié de la rédaction universitaire. Exemples : L'équipe de recherche a reçu une importante subvention. On a accordé une importante subvention à l'équipe de recherche.

Mais si l'on tient absolument à se compliquer inutilement la vie et à conserver la voix passive, on remplacera le verbe qui suit se voir par un verbe du 2e ou du 3e groupe pour choisir entre le participe ou l'infinitif. Exemple : L'équipe de recherche s'est vu offrir une importante subvention.
Pour ce qui est de l'accord du participe vu dans cette phrase, on peut alors appliquer la règle du participe passé d'un verbe pronominal suivi de l'infinitif : le participe s'accorde en genre et en nombre quand le sujet du pronominal est aussi sujet de l'action exprimée par l'infinitif. Dans notre exemple, celui qui fait l'action exprimée par l'infinitif n'est pas le même que celui qui fait l'action exprimée par le pronominal. Le participe vu est donc invariable. Ainsi, la phrase s'écrira : L'équipe de recherche s'est vu accorder une importante subvention. Ouf!


Marie Malo
Coordonnatrice des activités linguistiques à HEC Montréal de 1990 à 2001

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L'astérisque précède une forme ou une expression fautive, une impropriété.

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