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Arrimer et arrimage : des emplois propres au Québec

Le verbe arrimer et son substantif arrimage ont depuis peu refait surface au Québec, et ce, dans les textes de registre soutenu. On sait que ces termes appartiennent d'abord à la langue de la marine où ils désignent le fait de « répartir, ranger (la cargaison) dans la cale d'un navire » et, par extension, le fait de « caler, fixer avec des cordes (un chargement, des colis)1 ».

On peut se demander comment ces termes en sont venus à signifier « coordonner », « agencer », « harmoniser ». On relève par exemple des phrases de ce type : les travaux pratiques doivent être arrimés aux enseignements théoriques ou les programmes d'études de première année doivent être arrimés à ceux de deuxième.


Résurgence d'emplois anciens?

Il est intéressant de noter que le Glossaire du parler français au Canada répertorie non moins de huit acceptions québécoises du verbe arrimer dont les deux dernières se rapprochent de l'emploi observé depuis peu chez nous : « 7° tr. Mettre d'accord. Ex. : Après avoir discuté longtemps, ils ont fini par s'arrimer. 8° intr. Rimer, convenir, aller ensemble. Ex. : Ces deux chevaux-là arriment bien ensemble2 ». L'ouvrage signale que ces emplois ont aussi été relevés dans la province française du Poitou.

Peut-être l'emploi du verbe arrimer et de son substantif aux sens de « convenir », « aller ensemble » constitue-t-il une résurgence des acceptions anciennes relevées dans le Glossaire du parler français au Canada.


Une métaphore de l'astronautique

De façon plus contemporaine, il est également possible que la métaphore de l'arrimage ait été inspirée par la langue de l'astronautique. Sans que les dictionnaires français en fassent état, on a beaucoup parlé, au Québec du moins, d'arrimage de vaisseau spatial, de fusée, etc. Dans le Grand Larousse en 5 volumes (1991), on écrit plutôt « amarrage dans l'espace entre la cabine Gemini 8 et une cible... ». Par contre, au terme arrimer, dans ce même ouvrage, une nouvelle acception a été ajoutée : « Fixer une charge utile à un véhicule spatial3 » par analogie avec le sens premier du verbe. Étant donné que l'emploi du verbe arrimer dans sa nouvelle acception figurée est récente, il paraît plus logique d'en attribuer l'origine à la langue de l'astronautique.

Les ouvrages lexicographiques n'ont pas encore consigné les sens québécois de « coordonner », « agencer » du verbe arrimer; cependant cet emploi figuré paraît tout à fait admissible même si son étymologie n'est pas encore établie de façon claire.


Marie-Éva de Villers
Chercheuse agrégée
Directrice de la qualité de la communication de 1990 à 2013 à HEC Montréal et auteure du Multidictionnaire de la langue française, du Multi des jeunes et de La Grammaire en tableaux


1. Nouveau Petit Robert, Paris, Le Robert, 1993, p. 126.
2. Glossaire du  parler français au Canada, Québec, PUL, 1968, p. 63.
3. Grand Larousse en 5 volumes, Paris, Larousse, 1991, p. 205.

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