L'emploi correct du terme dû n'est pas chose facile et il mérite un examen des plus minutieux.
Le nom dû signifie : « Ce que quelqu'un peut légitimement réclamer. Elle s'acharnait à réclamer encore davantage. Elle parlait de son dû. (Aragon.) » (Lexis.) Ce nom ne s'emploie qu'au singulier : au cours de nos recherches, nous n'avons trouvé, dans les nombreux dictionnaires et ouvrages de référence consultés, aucune occurrence du nom dû au pluriel1.
Le participe passé du verbe devoir, qui fait dû au masculin singulier, perd, quant à lui, son accent circonflexe au masculin pluriel et au féminin singulier et pluriel : dus, due, dues. L'accent circonflexe, qui notait une étymologique, a été maintenu depuis 1740 par l'Académie française2 pour distinguer le participe passé au masculin singulier de l'article contracté du. Ex. : J'aurais dû boire du lait. Les honneurs qui lui sont dus lui ont été rendus. Cette malencontreuse remarque est due à sa mauvaise humeur. Ses victoires sont dues au hasard.
Dans les deux derniers exemples, le participe passé signifie « avoir pour cause » et est employé correctement. Cependant, le participe passé dû peut aussi s'utiliser comme adjectif et c'est sous cette forme que nous commettons certaines fautes, inspirées de l'anglais. L'adjectif dû signifie : « 1. Que l'on doit. Somme due. 2. Qui est redevable à; causé par. Accident dû à la maladresse. » (Nouveau Petit Robert.)
Toutefois, l'expression *dû à est un calque de l'anglais due to quand elle est employée comme locution prépositive au sens de « en raison de », « compte tenu de », « à cause de ». On ne peut donc pas dire : La construction du pont est ralentie *dû à la grève. Par contre, on peut dire : la construction du pont est ralentie en raison de la grève ou le ralentissement de la construction du pont est dû à la grève. Ainsi, les mots dû à s'emploient dans le sens de « causé par », « attribuable à » et si l'on peut ajouter ou sous-entendre l'auxiliaire être; cependant ils sont incorrects au sens de « à cause de ».
Voici quelques exemples de constructions proposées :
Voici quelques exemples de constructions proposées :
Marie Malo
Coordonnatrice des activités linguistiques à HEC Montréal de 1990 à 2001
1. Cependant seul Adolphe Thomas, dans son très précieux Dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse), signale que le nom dû est masculin singulier.
2. Selon Nina Catach dans le Dictionnaire historique de l'orthographe française, Paris, Larousse, 1995, p. 378-379.
L'astérisque précède une forme ou une expression fautive, une impropriété.