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Accents sur les abréviations et les sigles : un usage flottant

La semaine dernière, La Presse soulignait la nouvelle accentuation de l’acronyme UQAM dont le logo est surmonté désormais d’un accent grave. On a également relevé l’accent aigu du sigle ÉTS qui figure sur la façade de l’École de technologie supérieure. Certains se sont indignés de la liberté qu’ont apparemment prise avec la grammaire ces établissements universitaires. Pierre Gravel parle d’une « erreur grossière dans le nouveau logo de l’institution où le A semble coiffé d’un malencontreux accent grave » (La Presse, 26 février 1998).

Rappelons d’abord que l’accentuation ou la non-accentuation des majuscules correspond davantage à une simple convention typographique qu’à une règle grammaticale. Ce sont uniquement les contraintes techniques de la typographie et des anciennes machines à écrire qui rendaient impossible l’accentuation des majuscules autrefois.

Peu avant l’arrivée des ordinateurs, la société IBM avait adapté son clavier de machine à écrire pour permettre l’accentuation de certaines voyelles écrites en majuscules. C’est à la société Hewlett-Packard que revient le mérite d’avoir été l’une des premières entreprises informatiques à doter ses micro-ordinateurs de claviers français dont les caractères majuscules étaient accentués comme les caractères minuscules, et ce, il y a maintenant une vingtaine d’années.


Accentuation des majuscules

Parce que les accents permettent de préciser la prononciation et le sens des mots, il importe d’accentuer aussi bien les majuscules que les minuscules. En effet, l’absence d’accents peut modifier complètement le sens d’une phrase. Ainsi les mots SALE et SALÉ, FERME et FERMÉ ne se distinguent que par l’accent. Seul l’accent permet de différencier les phrases UN ASSASSIN TUÉ et UN ASSASSIN TUE dans un titre de journal, par exemple.

Les entrées des dictionnaires français Le Petit Robert et Le Petit Larousse sont écrites avec des majuscules accentuées. Conformément à tous les codes typographiques, l’Office de la langue française (OLF) a publié en 1979 un avis de recommandation à la Gazette officielle qui préconise l’accentuation des majuscules lorsque les minuscules équivalentes en comportent.

Il faut noter cependant que l’accentuation des majuscules demeure flottante; en effet, malgré la pratique des dictionnaires d’accentuer systématiquement les majuscules dans les entrées ou en début de phrase, bon nombre d’éditeurs français continuent à ne pas accentuer les majuscules.


Accentuation des abréviations

Dans la quatrième édition du Français au bureau publiée en 1996, l’OLF recommande l’accentuation des abréviations : « Dans les abréviations, comme dans les textes courants, les majuscules prennent les accents, le tréma et la cédille lorsque les minuscules équivalentes en comportent. » Ex. : Île-du-Prince-Édouard s’abrège en Î.-P.-É., Nouvelle-Écosse, N.-É., États-Unis, É.-U. Par contre, l’OLF fait une exception pour les sigles et acronymes et n’en recommande pas l’accentuation.


Accentuation des sigles et des acronymes

La consultation du Code typographique du Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques –  bible des typographes – dont la 16e édition paraissait à Paris en 1989 révèle que l’usage des accents sur les abréviations et les sigles est variable. Dans la liste des abréviations et sigles usuels, on relève aussi bien É.C.M. (Établissement central météorologique), É.C.P. (École centrale de Paris), É.P.C. (École de physique et de chimie) que E.D.F. (Électricité de France), E.N.A. (École normale d’administration), H.E.C. (Hautes études commerciales). En passant, précisons que l’École des HEC de Montréal préfère conserver son acronyme non accentué, un acronyme plus que centenaire emprunté à l’École des HEC de Paris.


La position du Multidictionnaire

Le Multidictionnaire recommande l’accentuation des majuscules lorsque les minuscules équivalentes en comportent dans tous les cas, c’est-à-dire dans un texte courant, en début de phrase, dans les abréviations comme dans les sigles et les acronymes (ex. : ALÉNA, CÉCM, REÉR).

Sur le plan orthographique, l’accentuation des caractères majuscules est toujours souhaitable lorsque les minuscules équivalentes en comportent puisque les accents jouent un rôle en français.

Sur le plan typographique, l’usage de la non-accentuation des majuscules ne découle que d’une ancienne contrainte technique qui n’existe plus et il est actuellement flottant. L’accentuation ou la non-accentuation des abréviations, des sigles et des acronymes sont deux positions qui se défendent très bien : on peut admettre aussi bien l’une que l’autre.


Marie-Éva de Villers
Directrice de la qualité de la communication de 1990 à 2013 à HEC Montréal et auteure du Multidictionnaire de la langue française, du Multi des jeunes et de La Grammaire en tableaux.

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