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L’éducation, loin d’être une priorité au Québec

25 janvier 2016

Contrairement à ce qu’il prétend, le gouvernement du Québec ne semble pas faire de l’éducation une véritable priorité. Depuis le début des années 2000, la croissance des dépenses réelles par habitant en santé et services sociaux a été cinq fois plus rapide que celle des dépenses en éducation. Résultat : s’il souhaite ramener ses dépenses en éducation à un niveau similaire à la moyenne canadienne, le gouvernement du Québec devra y injecter 1,5 milliard de dollars supplémentaires. Ce constat pour le moins préoccupant a été révélé dans le rapport Productivité et prospérité au Québec – Bilan 2015, dévoilé aujourd’hui par le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) de HEC Montréal.

« Si le Québec aspire à renouer avec une croissance économique soutenue, le gouvernement doit réussir à implanter de façon durable une culture de l’innovation, laquelle devra inévitablement passer par la priorisation de l’éducation afin de former une main-d’œuvre compétente et qualifiée », soutient Robert Gagné, directeur du CPP.

Or, l’analyse du CPP montre que l’effort déployé par le Québec pour financer son système d’éducation est faible comparativement à ce qui se fait ailleurs au Canada et dans plusieurs pays de l’OCDE. Bien que le financement public respecte la capacité de payer de la province, les sommes allouées demeurent insuffisantes pour répondre aux besoins de la population en matière de formation. Au demeurant, la proportion des jeunes Québécois de 15 à 19 ans qui évoluent en marge du système d’éducation est plus importante que dans une majorité de pays, et le taux de diplomation universitaire y est aussi plus faible.

 

Quelques recommandations

Pour faire de l’éducation une véritable priorité, le gouvernement ne doit pas se contenter d’injecter des sommes de manière paramétrique. En ce sens, deux pistes d’action sont identifiées : instaurer une maternelle quatre ans, gratuite, universelle et non obligatoire, et améliorer le parcours proposé au deuxième cycle du secondaire afin de s’assurer que les jeunes quittent le système d’éducation avec un diplôme d’études spécialisées.

« Notre première recommandation propose d’agir en amont en instaurant une maternelle universelle, gratuite et non obligatoire pour les enfants de quatre ans. Alors que plusieurs pays de l’OCDE offrent un enseignement préprimaire qui s’inscrit dans le cheminement normal des études, cette pratique est peu répandue au Québec, précise Robert Gagné. La province privilégie plutôt un système de garderies, administré par le ministère de la Famille. Ainsi, les jeunes en âge d’intégrer le système scolaire évoluent dans un système parallèle. Bien que les établissements affiliés au réseau des garderies doivent assurer un volet éducatif, la formation prodiguée n’y est pas strictement encadrée. Résultat : les enfants ne sont pas également outillés lorsqu’ils font leur entrée scolaire. Par surcroît, près du quart des enfants de quatre ans ne fréquentent pas ces établissements, de sorte que la quasi-totalité ne fait ses premiers pas dans le système scolaire qu’à l’âge de cinq ans. » Rappelons ici que 98 % des enfants de cinq ans fréquentent la maternelle, un système gratuit, universel, mais non obligatoire offert partout au Québec. 

Selon les chercheurs, une prise en charge plus rapide des enfants dans le système scolaire permettrait un meilleur encadrement de la formation prodiguée, accélèrerait le diagnostic et la prise en charge des enfants présentant des difficultés et éliminerait un bris dans le cheminement des enfants.

La seconde recommandation propose d’élargir les possibilités des élèves au deuxième cycle du secondaire afin de retenir ceux qui sont susceptibles de décrocher avant l’obtention de leur diplôme. Ayant fait ses preuves dans certains pays, cette pratique valorise la formation à vocation professionnelle de manière à s’assurer qu’un maximum d’élèves quittent le système d’éducation en ayant au moins un diplôme d’études spécialisées. Parallèlement, des mesures coercitives pourraient aussi être mises en place pour réduire les possibilités de décrocher avant l’obtention d’un diplôme. À titre d’exemple, certains pays rendent l’éducation obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans à moins d’avoir obtenu un diplôme avant. D’autres contraignent les chômeurs de moins de 25 ans à suivre une formation de 18 mois afin de se spécialiser. Les prestations des jeunes chômeurs peuvent également être réduites au niveau des prêts et bourses afin d’inciter un retour à l’école.

Considérées conjointement, ces deux mesures devraient permettre au gouvernement d’améliorer efficacement la lutte au décrochage tout en offrant aux entreprises le capital humain nécessaire à leur développement. « Pour combler l’important retard qu’accuse le Québec en matière de productivité, les entreprises doivent pouvoir miser sur des employés adéquatement formés, et ce, tant du côté des compétences professionnelles et techniques que de celui du savoir de haut niveau, soutient Robert Gagné. Cette main-d’œuvre qualifiée les aidera à s’approprier les nouvelles technologies, à mettre en place de nouveaux procédés, à développer de nouveaux produits et façons de faire, soit des conditions essentielles à leur réussite et à la prospérité du Québec. »

Loin de se limiter à une analyse visant à améliorer la scolarisation des Québécois, le bilan 2015 du CPP propose l’élaboration d’une véritable politique de développement économique – laquelle comporte une révision del’aide octroyée aux entreprises –, un prérequis pour accroître la productivité du Québec. Voir aussi le communiqué Développement économique : les stratégies du Québec manquent de cohérence.


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