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M. Michael Sabia, professeur d'un jour

6 avril 2011

« La crème glacée à la vanille est bien meilleure que n'importe laquelle des saveurs colorées! » Michael Sabia a des goûts sobres, autant en matière de desserts glacés que de produits financiers. Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'une des grandes institutions financières du Canada, est venu rappeler aux finissants du baccalauréat en administration des affaires de se méfier des modes, des « saveurs du jour », quand il est question de gestion de portefeuille. Il prenait la parole le 5 avril dans le cadre du programme Professeur d'un jour, dans la classe de Pierre Saint-Laurent, attaché d'enseignement en finance. Un deuxième groupe d'étudiants, soit celui du chargé de formation Jean-Philippe Tarte, a pu suivre la conférence par retransmission

M. Sabia a été président et chef de la direction de BCE de 2002 à juillet 2008, après avoir occupé d’autres hautes fonctions au sein de cette entreprise, la plus grande société de télécommunications au pays. Auparavant, il a été chef de la direction financière du CN au moment de la privatisation de la société ferroviaire puis de sa transformation en société à capital ouvert. C'est sur la scène fédérale qu'il a amorcé sa carrière. Il y a passé dix ans, d'abord comme directeur général au ministère des Finances, puis à titre de sous-secrétaire du cabinet au Conseil privé. Mais c'est d'abord à titre de dirigeant de la Caisse de dépôt et placement qu'il s'adressait aux personnes venues l'entendre.

La Caisse gère aujourd'hui des actifs nets de près de 152 milliards de dollars, compte 25 déposants et est l'un des gestionnaires de fonds les plus importants en Amérique du Nord. Pourtant, elle n'était pas en si bonne santé financière lorsque M. Sabia est entré en fonction, en mars 2009. Puisque la Caisse venait d'essuyer de grosses pertes, il lui fallait non seulement mobiliser l'ensemble des employés, recentrer ses activités sur le Québec et assainir ses finances, mais surtout gérer le risque différemment et mieux arrimer son portefeuille au marché. Premier coup de barre : être davantage présent sur le marché des actions et moins s'appuyer sur des placements à taux fixe. Autre changement : plus question d'emprunter pour acheter sans garanties solides. « Avoir recours au levier financier», dit à la blague Michael Sabia, « c'est un peu comme se doper aux stéroïdes. Ce type d'emprunt gonfle tout, autant les gains que les pertes. »

M. Sabia et son équipe ont donc minutieusement nettoyé leurs portefeuilles, en se départant de certains titres et en réorganisant leurs avoirs. « En fin de compte, il nous fallait changer complètement la manière avec laquelle nous concevions la gestion de portefeuille. », explique le dirigeant. « Si je n'avais qu'un message à vous transmettre, ce serait celui-ci : n'investissez que dans ce que vous comprenez bien. » C'est d'ailleurs un conseil que les investisseurs Stephen Jarislowsky et Warren Buffett prodiguent depuis des années. Ce principe fondamental n'est pas nouveau, mais selon M. Sabia, l'industrie s'en est progressivement éloignée en encourageant des placements dans des entreprises peu connues mais potentiellement lucratives à court terme. Mieux vaut pourtant s'en tenir à des valeurs sûres, à des entreprises dont on connaît bien la nature des opérations.

Le haut dirigeant d'expérience, qui cumule les réussites autant au CN qu'il a transformé en l'un des chefs de file du secteur ferroviaire en Amérique du Nord qu'à BCE qu'il a rendue plus compétitive et mieux préparée à relever les défis qui l'attendent, a été généreux de ses conseils. En guise de conclusion, il a laissé les étudiants sur une anecdote. Invités sur l'île privée d'un milliardaire, les grands auteurs américains Joseph Heller et Kurt Vonnegut discutent de richesse. Quand Vonnegut fait remarquer à son collègue que même avec le succès retentissant de Catch 22 il n'accumulera jamais autant d'argent que leur hôte, Heller lui répond sans hésiter : « J'ai moi quelque chose qu'il n'aura jamais : assez d'argent! » Si la Caisse a su tirer des leçons de ce qu'elle a traversé et revoir ses activités, souhaitons que les investisseurs de demain sauront reconnaître un profit suffisant. La plus grande habileté en matière d'investissement, en effet, est de savoir quand se retirer, vendre à temps et se satisfaire de ses gains.

Devant une classe de finissants du B.A.A., M. Michael Sabia est entouré de M. Pierre Saint-Laurent, attaché d'enseignement (à gauche) et de M. Pierre Laurin, administrateur invité, HEC Montréal (à droite).


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