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Yannis Mallat, professeur d'un jour

6 avril 2010

Innover ou disparaître : c’est ainsi que Yannis Mallat (MBA 1999) exprime l’alternative à laquelle font face les créateurs de jeux vidéo. Dans le cadre du programme Professeur d'un jour, le PDG des studios de Montréal et de Toronto d’Ubisoft est venu, le 6 avril, parler à une classe de Laurent Lapierre, lequel a d'ailleurs été son professeur. Il a entretenu les étudiants de MBA de l’exigence de créativité à laquelle son entreprise doit constamment se mesurer, pendant qu'augmente le risque inhérent à ses activités et à son secteur.

Un marché ultracompétitif

Le développement d’un jeu vidéo est incontestablement une aventure risquée. Le jeune dirigeant a rappelé une statistique brutale : parmi le millier de jeux qui paraissent chaque année, seuls une vingtaine de titres atteignent une véritable rentabilité. Quand on sait qu’un projet peut prendre jusqu’à quatre ans à développer et coûter près d’une centaine de millions de dollars, alors que le jeu n’a souvent que quelques mois pour faire sa marque avant d’être retiré des tablettes, on saisit l’ampleur de ce risque.

Le contexte économique actuel rend l’aventure encore plus périlleuse. En 2009 et 2010, pour une des rares fois de sa jeune histoire, le secteur a connu un recul marqué des ventes de jeux et de consoles. L’amateur qui achetait une dizaine de titres pendant l’année en achète maintenant trois. Pour Yannis Mallat, l’objectif est donc clair : un titre doit se classer dans le Top 3 mondial des jeux. Rien de moins.

L’innovation érigée en système

Ce positionnement dans le peloton de tête repose sur l’innovation. Une innovation qui touche les produits, bien entendu, mais aussi les procédés, la stratégie et la gestion elle-même.

De fait, chez Ubisoft, l’innovation est un passage obligé dans le processus de production. L’éditeur des jeux Assassin’s Creed et Splinter Cell a instauré une étape consacrée à la réalisation obligatoire d’une percée – technologique, artistique ou conceptuelle. Cette percée innovante doit être perceptible dans l’expérience de jeu et frapper l’imagination du joueur de manière à donner à la marque un positionnement unique dans son marché. Aucune marque nouvelle n’est créée si elle ne recèle pas d'innovation déterminante.

L’importance de la main-d’œuvre

Qui dit innovation et créativité dit talent. Et même si le bassin de main-d’œuvre qualifiée s’est élargi depuis l’implantation d’Ubisoft à Montréal (Yannis Mallat a d’ailleurs salué le soutien très actif du gouvernement du Québec à cet égard), la formation ne parvient pas à suivre la croissance du marché de l’emploi. Montréal compte sept grands studios qui se livrent une vive concurrence afin de recruter et de conserver les éléments les plus talentueux.

Aussi l'entreprise innove-t-elle en matière de recrutement et de fidélisation de sa main-d’œuvre. Une main-d’œuvre dont la moyenne d’âge est actuellement de 29 ans, âge que le PDG dit souhaiter ne pas voir augmenter beaucoup. Utilisation intensive des médias sociaux, offre de formation continue, mise en œuvre d’une culture de transparence, de partage et de collaboration, place centrale accordée à l’individu dans l’approche de gestion des ressources humaines, service de garderie et médecin sur les lieux de travail sont quelques exemples des moyens employés par Ubisoft afin de séduire le personnel.

Une autre initiative originale de l'entreprise, qui auparavant gérait exclusivement par projets, a consisté à établir des « communautés de métier » ainsi que des postes de « directeur métier », afin de prendre en compte l’évolution professionnelle des employés par des spécialistes du même domaine que ceux-ci.

Des risques nécessaires et stimulants

Cette orientation requiert des investissements importants, alors même que les employés sont exposés à un marché de l’emploi grandissant. Mais il s’agit d’une prise de risque nécessaire et, selon Yannis Mallat, « elle fait partie de l’ADN d’Ubisoft ». Les gestionnaires se doivent de répondre aux attentes des consommateurs et des employés, qui exigent tous de l’innovation. Le PDG voit en fait dans la situation actuelle une belle occasion de confirmer l’engagement de l’entreprise dans l’innovation et la créativité.

La société fondée par les frères Guillemot, en Bretagne, il y a de cela 25 ans, se classe aujourd’hui au troisième rang mondial des grands éditeurs de jeux. Ce n’est pas un pari très risqué que de croire qu’elle saura continuer à faire preuve d’une créativité sans cesse renouvelée.

 

Au premier rang, Yannis Mallat et Laurent Lapierre


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